Une Épopée de Zadkiel Lauradieu et Hélène Portelaube

Hélène Portelaube, la dernière Reine d’Hazelgard

Cette rencontre a provoqué l’ascension d’un mythe et la chute d’un autre.
Si les archives d’époque permettent de se documenter avec aise sur le règne d’Hélène et le décrivent avec une précision que l’on n’escomptait, même en des temps civils, elles ne s’accorderont pas sur les origines de Zadkiel, à qui l’on prête d’innombrables traits dès lors qu’il n’est pas « Lauradieu ».
Tout comme Mars est Mars Ultor, et Venus est Venus Genitrix,
Hélène Portelaube était une reine instruite, entièrement dévouée à son royaume, bien que distante.
Il n’était pas commun d’envisager une quelconque amitié avec elle, et encore moins d’obtenir ses faveurs; cela ne dispensa aucun vilain de tenter sa chance, à défaut de la tenter elle, qui n’en eut pour ainsi dire jamais.

La légende de Zadkiel n’en était qu’à ses premiers balbutiements, et puisqu’aucun barde ne chantait ses louanges, il les façonnait de sa main.
Pour l’approcher, il n’avait pas hésité à se créer tout un lot d’identités qui semblaient davantage lui correspondre les unes que les autres, excepté qu’elles ne présentaient absolument rien de concret.
Non sans habileté, il parvint à se saisir d’une empreinte durable sur elle, en se jouant du caractère inexistant de ses talents sociaux, mais en s’improvisant artiste pour les lui justifier.
Ainsi, il eut tôt fait de s’accompagner d’un luth, et, du haut de la butte, chanta des airs à voix basse, ce qui lui donnait de la justesse, et une relative indiscrétion.
Sa propre voix lui faisait peur, mais pépier dans l’espoir que la Reine l’entendit était assez inconscient pour que cela puisse leurrer une personne qui ne soit pourvue de l’expérience de séparer du courage l’inconscience.
Elle l’entendit, en effet, mais s’arrêta en chemin, d’on ne sait où vers on ne sait où.

Aucune des paroles de ce pitre n’étaient commodes, et elle eut la science avec la conscience, de s’en rendre compte.
Il lui paraissait drastiquement sérieux, et le regard terne et les yeux hagards, comptait des histoires de mort, sans reprendre son souffle.
C’est étonnant.
Alors elle s’arrêta.

Zadkiel ne fut pas courtois. Bien au contraire.
Hélène pouvait sentir au fond d’elle, qu’il était un ignare de la courtoisie. Elle se prit au jeu pourtant, et l’excusa volontiers, et de près.

– Que fait une Reine, quand elle n’est pas chasse gardée?
« Eh bien… elle accepte de vous parler. »
– Bonne réponse, répondit Zadkiel. Connais-tu mon nom?
« Oui, je le connais. »
– Moi, non.
Et il se remit à chanter.
L’air s’assombrit. Le vent s’éveilla, et les mots se firent inintelligibles; Hélène eut une soif inextinguible.

{Dans le sarcophage…}

« Il n’y a pas de Sarcophage en Hazelgard. Tu profères des insanités … »
– C’est un mot que tu ne devrais pas connaître, puisqu’il n’existe pas. Tes manières, quand je te mire, pour moi font écho à celles de Carole Bouquet.
Tout cela n’a aucun sens, furent les mots qui lui parcoururent l’esprit, mais pour son âme, il en était autrement.
Zadkiel reprit sa chanson.
« Tu ne devrais pas parler pendant un solo … »
– Je sais. Un jour, je te ferai la cour avec bienséance. Quand tu ne seras plus parmi moi, cela va sans dire.

« C’est très intime, ce que tu entreprends là. Je pourrais t’avoir sous les verrous. »
– C’est du pareil au même. Tu vois, je suis consterné. Nous ne ne nous connaissions pas, et dans les limbes de ce que j’ai pu délimiter, ainsi qu’après identification, réfuter, tout cela a pour fin de m’étendre en m’éprenant de toi; il y a bel et bien des verrous que j’ai atteints qu’aucun prototype de fers n’a rêvé d’inclure en son fort.
« Ton handicap est sérieux. »
– Ces choses sont vraies. Nous ne nous reverrons que dans un ailleurs, un outre-part. Cette réalité, vois-tu, ne nous le permet pas.
Et si même la fiction ne parvient à nous unir, moi le parvenu, et toi la convenue?
Alors, peut-être qu’un jour, nous y arriverons, Hélène de Troie.
Simplement, je crains que jusque-là, ce ne soit des jours sans Soleil, si tant est que le Soleil ait vraiment une fin. En attendant, je vais effectuer l’oeuvre au noir. Je dois devenir Lauradieu.
J’ai encore espoir qu’à ce moment, et seulement celui-là, notre équivalence ne pourra plus être contestée, et que ce sera sans équivoque.

« Que signifie Lauradieu pour toi? »
Hélène fut envahie par un élan de compassion qu’elle ne put réprimer.
– Pour échapper à ma condition, qui n’est pas la tienne, je dois être initié.

Nul n’est prophète en son pays, donc à nulle occasion ils ne se revirent.
Mais c’est à peu près en ce point précis que les légendes commencèrent à gravir la longue pente de la cohésion, qu’elles y gagnèrent un corps, et que d’esprit plurielle, la littérature se mua en chair singulière.

Zadkiel se fit presbytre.

Comme il n’avait su se faire Roi …
Il joint les deux bouts de la corde en se déclarant partisan de la République.
Somme toute, le cœur n’y était pas.

Soyons tous des chantres pour Hélène, Hélène de Troie.
Compositions originales de Nicolas BALLU (Shatqiel)
https://magnumjovisincrementum.fr/lantre-de-shatqiel/